« Nom d’un chien, ils ne comprennent donc rien ?… »

C’est encore le Général Pélissier qui s’énerve. Cette fois contre les ronds de cuir du Génie militaire d’Algérie, qui refusent de céder une parcelle de terrain de l’armée : la pointe du rocher situé entre le port Saint Grégoire et celui de Santa-Cruz. Là, la chapelle et la statue de la Vierge, prévues pour perpétuer le souvenir du « miracle de la pluie » du 4 Novembre 1949, domineraient pourtant tout Oran et seraient vues de tous les quartiers. Un autre emplacement est proposé par des militaires, mais la commission créée pour la réalisation du Sanctuaire le refuse car moins spectaculaire, moins prestigieux. Alors le Général Pélissier, désespérant de convaincre ses supérieurs du cru, les court-circuite et obtient finalement des autorités militaires parisiennes le maintien du projet initial : par décision du ministre de la Guerre en date du 20 janvier 1850, une parcelle de 560 m² est cédée et affectée au culte catholique.

Monseigneur Pavy, Evêque d’Alger en visite à Oran, encourage les projets de la commission, dont l’Echo d’Oran a publié, dès le 28 novembre 1849, la liste des membres. S’y retrouvent toutes les personnalités de la ville, qui se sont placées sous la présidence du Général Pélissier. Une souscription est ouverte et, très vite, les offrandes affluent, tant en argent qu’en propositions de travail, dons de matériaux ou prêts de véhicules. Les plans sont établis, prévoyant un petit oratoire d’architecture simple, une tour et une niche destinée à la statue de Notre Dame du Salut. Et les travaux commencent et, avec eux, les premières difficultés.

Notamment, comment amener l’eau et les matériaux à 400 m d’altitude jusqu’à l’éperon rocheux sans route, sans chemin, sans même un petit sentier ? Déjà la construction du fort de Santa-Cruz par les Espagnols, au siècle précédent, avait failli être abandonnée : l’eau contenue dans des outres et tous les matériaux avaient dû être montés à dos d’homme ! Là, il va falloir créer un sentier contournant la montagne pour rendre le site accessible par des pentes adoucies à coups de tirs de mines et de remblaiements audacieux. Cet accès à peine achevé, la première pierre du chantier est posée. Fin avril 1850, la chapelle est sortie de terre. L’inauguration du Sanctuaire, pourtant encore inachevée, a lieu le 9 mai, jour de l’Ascension. L’Ascension déjà !

Notre Dame du Salut va pouvoir monter en son nouvel oratoire et les Oranais. Lui exprimer leur vive et pieuse reconnaissance. La ville entière est fidèle au rendez- vous. Les gens sont joyeux. Emus aussi à la pensée des disparus, victimes du choléra. Le brouhaha s’amplifie, fait d’interpellations, de rires, de cris, de prières. Et, soudain, le silence : la statue de la vierge – don d’une sainte femme de la ville- parait sur son trône de gloire… Alors carillonnent les cloches, tonnent les canons, s’élèvent les cantiques Marie s’avancent sur un char fleuri, suivi par Monseigneur Pavy, le clergé, les autorités civiles et militaires et une immense procession d’Oranais en prière d’action de grâce. On approche du sommet, déjà noir de monde. Le sentier ne permet plus la progression du char ? La statue passe sur les épaules des robustes pêcheurs qui l’encadraient. Son arrivée sur la plate-forme déclenche une ovation qui retentit jusqu’en ville. L’Evêque d’Alger, avec tout le cérémonial voulu, installe en son nouveau sanctuaire, l’image de Celle qu’il vient d’établir gardienne de la Cité.

Hélas ! Réalisé un peu à la hâte, ce sanctuaire s’écroulera le 8 mars 1851. Mais il sera reconstruit et fêté dès le mois de mai suivant… pour l’Ascension. Encore l’Ascension ! En 1873 et 1874, une grande tour, surmontée d’une statue géante de la Vierge, viendra compléter le nouvel édifice. De ce sommet, Notre Dame du Salut, devenue Notre Dame de Santa Cruz, veillera et protégera les oranais qui l’honoreront de réguliers pèlerinages. Ils lui feront même, en 1949, parcourir toute l’Oranie pour fêter le centenaire du « miracle de la pluie ».

C’est en 1945 que Monseigneur Bertrand Lacaste prit en main le diocèse d’Oran. Il fallait occuper ce siège épiscopal pendant 28 ans, au cours desquels il consacra beaucoup d’attention et de soins au Sanctuaire, dont il développera grandement le renom.

Puis ce fut la funeste année 1962….